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Des noeuds dans les pieds

 

 

( Extrait de Côté Brest - Adèle Flageul - 27/11/12 )

     " Réunir sur scène des danseurs professionnels et des personnes souffrant d'un handicap moteur pour créer le spectacle "Des nœuds dans les pieds" : l'initiative est plus que rare, elle est exceptionnelle. Parce qu'elle impose que chacun accepte de prendre le temps de l'écoute, de l'échange, de la connaissance et de la compréhension de l'autre.
     Et parce qu'elle nécessite un travail en profondeur pour dépasser les limites de la création artistique et des mouvements du corps, pour ouvrir de nouveaux possibles.

 

 Flyers

 

 

 

Une réponse à la gêne et aux maladresses

     Cette aventure humaine, neuf résidents du foyer de Kerlivet et la compagnie Moral soul, dirigée par Herwann Asseh, ont décidé de la tenter ensemble, il y a maintenant quatre ans. Elle est née, en 2009, d'un grand chamboulement, celui du déménagement des 45 résidents pour permettre la rénovation de leur lieu de vie, implanté à Brest depuis 25 ans. Un moment éprouvant que ces derniers ont décidé de mettre en mots, en musique et en mouvements, avec l'aide d'habitants de leur quartier, de la compagnie brestoise et de la metteuse en scène Martine Geffrault-Cadec.

     Des mois de travail sont nécessaires. Mais le résultat est là,  frappant, touchant, comme une réponse à la gêne, à l'incompréhension et aux maladresses de chacun vis-à-vis du handicap.

     Sur scène, il n'y a plus de valides ou de handicapés mais des danseurs. Des mouvements qui ne font pas oublier le fauteuil roulant mais qui l'intègrent au corps, gommant du regard la différence. « Sur scène, on ne se sent plus handicapés. Nous sommes comme les autres : on danse, on vit, on se surpasse. On prend énormément de plaisir », résume simplement Romain Labry, danseur du foyer de Kerlivet.


     Le public, même s'il reste campé dans le noir, sur son siège, est lui aussi emporté dans le mouvement. Celui qui bouscule et qui interroge la relation à l'autre mais aussi à soi-même.  Car, comme l'analyse Martine Geffrault-Cadec, « même si ce n'est pas visible, nous avons tous des handicaps et des blocages ».